Focus sur les bâtiments industriels

Les fours à chaux

Un siècle sépare ces deux installations. Collection Jean Pierre Bricout

Bien que privé (aujourd’hui) de son encorbellement, il a encore fière allure, notre four à chaux (à gauche sur la photo). Mais tout en étant sans doute le plus ancien de France, il ne peut dater de l’origine de la sucrerie comme il est dit parfois. Le premier plan sur lequel il figure est celui de 1880, mais les précédents ne concernaient que l’intérieur des bâtiments.
Il est par contre signalé dans l’acte d’adjudication de 1859.

Vers 1830, la quantité de betteraves à traiter était faible et on utilisait des fours discontinus, grandes cuves ouvertes en maçonnerie avec un fond bombé en forme de cône et sous lequel on allumait un feu de bois ou de tourbe. Le calcaire était “cuit” comme dans une casserole.
Alors qu’elle était évoquée dès 1812 puis en 1833 par Kulhmann, ce n’est qu’en 1849 que M. Rousseau fait adopter la saturation à l’acide carbonique ou carbonatation, opération située entre la défécation à la chaux et l’évaporation des sirops. Outre la chaux, il faut désormais du gaz carbonique. Des tentatives d’obtention par action d’acide sur du marbre ou d’air soufflé au travers d’un foyer de charbon ont vite cédé la place à la récupération du gaz dans les fours à chaux continus ou “coulants”.
Ceux ci semblent dater du milieu du XIX° siècle. Ils sont chargés en permanence par le haut en coke et pierre à chaux et le gaz CO2 est ensuite récupéré à la partie supérieure du four.
Un traité de 1856 les présente comme une nouveauté en France “bien qu’employés depuis de nombreuses années en Prusse”.
En 1851, à Francières, existent déjà à l’arrière de la halle Thirial, deux salles contenant bouilleurs, fourneaux et générateurs (3) qu’on s’apprête alors à doubler. La production de cette époque était devenue conséquente et une production continue de chaux, puis de CO2 devenue indispensable.

Sur les plans de 1859 figure encore, plus au Nord, un four à ciel ouvert. Sur ceux de 1861, le four cylindrique vertical actuel existe. Sa création date donc environ de 1860.

Auparavant, où se procurait-on la chaux ? Entre 1828 / 1831, à propos de Villeselve, Graves dit que la chaux était prise à Guiscard, distant de 7 kilomètres. En 1830, dans tout le canton d’Estrées existaient cinq fours à chaux. L’un à Canly dépendait de la tuilerie, deux se trouvaient à la “Montagne”, hameau d’Hémévillers, un à “Bellevue”, créé en 1830 et un à Estrées Saint Denis.
La production totale s’élevait à 500 hectolitres par an.

Qui nous éclairera sur le mystère de la demande de création en février 1856 d’un four à chaux à Montmartin par la société Leyvraz et Crespel ? Ce four, qui ne semble pas avoir été bâti, devait se situer à 55 mètres à l’ouest de la ferme de la Cancale. Celle-ci comprenait une sucrerie depuis 1834 mais nulle part nous n’avons trouvé que Leyvraz et Cie en aient été les gestionnaires…

Si notre four à chaux continu date de la période 1860, qu’en était-il avant ?
D’abord, du moins à l’origine de la sucrerie, la chaux était-elle bien utilisée dans le processus de la fabrication ?
Certaines petites fabriques pratiquaient encore l’épuration par précipitation à l’alcool, par la chaleur, par l’acide sulfurique avec craie et charbon, par le noir animal seul. Mais ces méthodes avaient disparu avant 1850.
Peut-être Monsieur Thirial ou Monsieur Crespel utilisaient-ils une chaux produite sur place dans des fours discontinus, installations trop petites pour figurer sur un plan. Ou bien même leur chaux était-elle obtenue par action de l’acide chlorhydrique sur du marbre ou de la craie – comme cela sera employé plus tard pour produire du CO2 avant l’apparition des fours à cornue, puis des fours continus. Ou bien, tout simplement, la chaux était-elle achetée à l’extérieur ?
Dans le canton d’Estrées en 1830, existaient cinq fours à chaux. L’un, à Canly, dépendait de la tuilerie, deux à la “Montagne” à Hémévillers, un à Bellevue créé en 1830 et un à Estrées-Saint- Denis. Il s’agissait d’un petit artisanat familial de fours discontinus primitifs dont la production totale était de cinq cents hectolitres de chaux par an. Cette chaux était utilisée seule ou après acide sulfurique et craie ou après alun. A partir de 1849, l’excès de chaux sera saturé par l’acide carbonique.
Allumé avant le début de la campagne alors que l’usine tourne à vide pour vérification, le four n’était éteint qu’à la fin de celle-ci. Le chef de four accédait à l’encorbellement supérieur par un escalier de bois extérieur et restait en poste douze heures de suite. Un système de treuil et de chaînes montait au sommet un wagonnet rempli d’une couche de coke et de pierres à chaux provenant en général de Gournay-sur-Aronde. Un bac rempli d’eau assurait le contrepoids. Les pierres cuites étaient récupérées par les ouvertures à la base, le CO2 par une ouverture au sommet, toujours visible.

– En 1897, la charpente a été remplacée et l’alimentation à bras a été supprimée grâce à un monte-charge mécanique mû par la locomobile de la grande roue éboueuse et par une trémie de chargement. Cela a économisé un emploi, un seul homme se trouvant sur la plate-forme de chargement.
– En 1899, un petit abri a été construit pour la préparation manuelle et pénible de lait de chaux afin que les ouvriers ne soient plus enfermés dans le local clos avec les poussières.
– En 1903, cette préparation de lait de chaux est devenue mécanique, supprimant quatre emplois par 24 heures.
– En 1905, une dynamo commandée par une nouvelle machine Sulzer va actionner, en plus de la roue éboueuse, du puits et de la fonte de chaux, le monte-charge du four. Plus tard, l’électrification générale sera assurée.
Mais la sucrerie a durant tout ce temps, poursuivi sa politique d’accroissement. En exemple, la campagne 1888-1889 a traité 15 848 tonnes de betteraves et celle de 1901 à 1902, 32 371 tonnes. La production devenue insuffisante, il a fallu acheter à l’extérieur (nous ignorons où) de la chaux.
– Le 26 août 1901 est décidé l’acquisition d’un four à chaux de secours pour éviter ces achats. Il ne figure pas sur les plans ou peut-être au sud du précédent, derrière l’usine à gaz. Sans doute de taille modeste (1 300 francs) et four simple sans récupération de gaz. Il est encore signalé une fois en 1910 et a sans doute été utilisé au-delà. Qui pourra nous renseigner ?

– Enfin, en 1947 un four à chaux métallique neuf a été installé face au précédent (heureusement non démoli) avec chargement et déchargement automatiques. Il fut démonté et vendu à la fermeture mais nous espérons toujours en récupérer un de remplacement.

Le laboratoire Jean Clériot

Le laboratoire des années 1950.

En activité de la fin du XIXème siècle jusqu’à la fermeture de l’usine, le laboratoire a été rénové par les bénévoles de l’association de 2014 à 2018. Il comporte deux parties, une présentant une collection d’outils de laborantins des années 1930, l’autre des années 1950.

Le sol du laboratoire s’est avéré particulièrement bien conservé et est l’un des points remarquables de la rénovation.

Les mosaïques des paillasses furent refaites et une nouvelle installation électrique a été posée.

Le laboratoire a pris le nom de son donateur principal, l’ingénieur chimiste Jean Clériot.


Etat du laboratoire avant le chantier. La hotte a été déposée et les murs et plafonds ont été purgés.

Images du chantier de rénovation

Images de l’inauguration du laboratoire le 16 octobre 2018

Les distilleries de Francières

La deuxième distillerie (1880). La troisième distillerie (1930).

La Sucrerie de Francières s’est adjointe par trois fois une distillerie.

L’une sous l’ère Crespel-Dellisse, une autre sous Grieninger et Bachoux avec Gallois comme directeur et la dernière sous Gaston Benoît.

C’était une activité d’appoint, variable dans le temps et les époques en fonction des diverses réglementations fiscales et légales, des nécessités financières et constituant un apport de travail durant l’intersaison.
Mais les bâtiments subsistant des deux dernières sont imposants et intéressants au point de vue architectural.
Outre dix sucreries-distilleries répertoriées dans le département, et deux ou trois râperies-distilleries, Francières était par ailleurs entouré de distilleries « pures », là aussi à des périodes diverses, comme Antheuil-Portes, Beaupuits (Grandvillers), Bresles, Catenoy, Cauvigny, Cressonsacq, Estrées, Le Poyron, Melicocq, Montiers, Moyenneville, Rémy, Warnavillers (Rouvillers), Sacy le Grand, Verberie pour ne citer que les plus proches parmi les 54 relevées dans notre site Internet plus deux sucreries transformées.

Souvent éphémères, elles ont été créées plus tardivement que les sucreries.

Ces distilleries travaillaient les mélasses, les grains, mais aussi les betteraves « en direct » et constituaient donc des rivales sur le marché des planteurs.
Les distilleries de Francières ont surtout traité les mélasses, produites par la sucrerie. Ce qui n’a pas empêché :  Bachoux en 1885 d’acheter du maïs pour compléter la distillation de la deuxième distillerie ; la SDF, d’acheter plusieurs fois comme en 1885, des mélasses extérieures et Gaston Benoît comme en 1933, de traiter directement les betteraves dans la troisième distillerie.

Nous n’avons de chiffres de production d’alcool, dans les périodes d’activité, autres que ceux de la SDF.

Les mélasses sont le résidu non cristallisable, issu de la dernière étape d’extraction, le troisième jet (voire le quatrième).

Liquide sirupeux, il contient encore 40 à 50 % de sucre, davantage dans les périodes anciennes. Ce sucre n’est pas extractible dans des conditions d’extraction viable. Jadis, des établissements appelés sucrâteries l’ont tenté.

UTILISATION DES MELASSES

Il y en a trois :

-l’alimentation animale, (usine de Moyvillers 1926-1934), recèdées « nature » ou fabrication d’aliments mélassés.
-la fermentation pour l’obtention des levures.
-la distillation pour obtenir un alcool éthylique industriel, appelé aussi alcool agricole, concurrençant l’alcool de synthèse.

Cet alcool est utilisé par les industries de transformation pour certaines boissons spiritueuses, la vinaigrerie, la cosmétique et les parfums, et la chimie dont la fabrication de biocarburants (bioéthanol).
Rappelons aussi son rôle dans la fabrication des explosifs.

De multiples procédés de distillation ont été utilisés. Parmi eux, l’osmose, l’alcool, la chaux et l’alcool et de multiples variantes portant le nom de leur inventeur.

Pour la distillation à partir des betteraves, dans les années 1850, il s’agissait de la méthode Champonnois. Rapes, puis macération et fermentation dans des cuviers enfin alambic.
Plus tard on ajouta de l’acide sulfurique pour accélérer la fermentation. Les levures étaient achetées et le moût fermenté passait dans une colonne de distillation. Le résultat était un alcool impur à faire rectifier à l’extérieur de 50 à 60°.
A partir de 1890, l’essor des distilleries fut favorisé par les maladies successives de la vigne.
Très vite, la diffusion gagna les distilleries.
En 1880, l’ordre des opérations était le suivant :
Lavage, découpage en cossettes, diffusion avec apport d’acide sulfurique, fermentation par apport de levures et distillation dans une colonne à distiller à 25 plateaux superposées.

On peut imaginer les méthodes successives pratiquées dans nos trois distilleries de Francières. Le degré obtenu dans la période moderne était proche de 100°.
Cet alcool agricole n’a jamais été utilisé sur place mais revendu brut aux raffineries et industries.

La demande de création a été formulée par Crespel-Dellisse en décembre 1854 juste avant la création de la société Leyvraz et Cie. L’autorisation a été accordée le 15 mars 1855.
Crespel avait, en 1851, agrandi en arrière (à l’est) la halle Thirial d’origine, d’un bâtiment représentant environ la moitié de la fabrique précédente.
Sur le plan figurant dans notre site, ce bâtiment est encore agrandi « en carré » en 1855, représentant environ la même surface que celle de halle Thirial. À l’intérieur de ce nouveau bâtiment, la surface de la pièce destinée à « l’appareil de distillation » ne représente environ qu’un neuvième de cet agrandissement, le reste étant consacré aux générateurs, à la fabrique de noir, aux turbines et l’essentiel aux ateliers de fermentation.
Cette distillerie était donc située sur une partie de la grande salle des générateurs actuelle.
Si la distillerie et son dépotoir figurent encore avec leur matériel dans l’acte d’adjudication de 1859, la distillerie n’existe plus sur le plan de 1860 (non encore publié pour des raisons techniques dans le site) et remplacée par la « cristallisation ».

On ne connaît rien de son fonctionnement, de sa production ni même si elle a fonctionné jusqu’en 1859.

Grieninger, Bachoux et Gallois ont créé cette importante distillerie en 1880, bâtiment superbe créant un très beau décor de fond à la cour de réception des betteraves.
Construite en briques pleines, elle a une façade remarquable. Les toits ont été refaits récemment en bacs d’acier.
Les tours extrêmes, agrémentées d’un rythme de façades aveugles, abritaient les colonnes de distillation et la partie intermédiaire, les cuves de fermentation.

Elle a été utilisée de 1880 à 1889. Jean-Pierre Besse note qu’elle employait une vingtaine de personnes.
Après 1894, la SDF. utilise ces vastes bâtiments pour du stockage et le logement des saisonniers.
Selon les rapports du Conseil d’Administration, on apprend que de 1885 à 1887, la SDF a acheté des mélasses extérieures pour cette distillerie et qu’en 1889, elle soumissionne pour faire des éthers propres à la fabrication d’explosifs.
Mais début 1889, elle cesse de fonctionner car elle est estimée non rentable et la SDF revend ses mélasses.
D’autant plus qu’il est écrit en 1891 qu’elle ne dispose pas d’assez d’eau pour faire fonctionner la distillerie durant la campagne sucrière.
Il est décidé d’entretenir la distillerie au cas où les cours remonteraient.

En exemple, l’AG de décembre 1888 donne les chiffres de production de l’ensemble de l’usine.
12.056 T de betteraves ont été traitées, 11.142 sacs de sucre produits et 608 T de mélasse osmosées.
La valeur en actif de la distillerie est de 413.430 Fr et on y investit 38.231 Fr (cuves de fermentation et cuves de transport.).Elle est en déficit sur 87-88 en raison des achats de mélasses allemandes et américaines trop chères (initiative de Bachoux).
En mai 1889, on note une augmentation exceptionnelle du sucre et « que l’osmose aurait rapporté. Malheureusement cette hausse est survenue trop tard pour entreprendre une distillation ».

Avril 1892 : « Les autres distilleries inactives depuis des années se rallument et nous font concurrence pour les betteraves ».

Et l’AG de décembre 1893 constate qu’on n’a pas pu songer à remettre en marche la distillerie et qu’on ne pourra jamais utiliser les appareils de distillation (obsolètes ? abimés par l’inaction ?).
Le CA va chercher à s’en débarrasser dans les meilleures conditions.

En effet ce matériel est vendu en mars 1894, « mobilier et matériel n’étant plus au niveau de l’industrie actuelle ».

L’intérêt de la reprise de cette activité se manifeste dès 1921, année où est envisagée une distillerie à Catenoy par M.Gauthier, regroupant les sucreries environnantes pour distiller les mélasses. Francières y participerait pour 40.000 F.

Ensuite, on cherche une entente entre les sucreries pour la fabrication de fourrages mélassés.
Enfin, en novembre, la Société Coopérative des mélasses de l’Oise est créée. La SD F. prend 25 actions à 100 F.

Il faut attendre février 1933 pour que le conseil d’administration, en raison du contingentement du sucre et de la production de betteraves, réveille l’intérêt de la distillation.
Le conseil du 15 février remarque que les distilleries se montent ou se remontent et en mars que l’État serait acheteur des alcools.
Dès avril, le devis pour le « remontage » s’élève à 4 500 000 F. (On ne précise pas l’emplacement. Il s’agit des bâtiments crées en bordure de la clôture Nord de la sucrerie).
31 mai 1933 : le CA écrit « la réfection du matériel de l’usine se poursuit activement et la distillerie est également en cours de montage ».
Il peut s’agir de matériels d’occasion ou de récupération.
Huit novembre 1933 : « la distillerie fonctionne bien » et l’on précise en décembre qu’elle peut produire 150 hl d’alcool par jour et traiter 5 à 10 .000 t de betteraves par campagne.
Il ne s’agit donc plus de simple utilisation des mélasses.

CA du 19 décembre 1934 : il a été distillé 5000 t de betteraves qui ont produit 5302 hl d’alcool à 100° et 4650 hl d’alcool de mélasses.
La distillerie a été amortie au premier exercice, la capacité de l’usine augmentée de 20 %.
(Simultanément Moyvillers est mis en sommeil, les fourrages mélassés se vendant mal).

L’AG de décembre 1936 donne les chiffres de la campagne précédente soit 7028 hl d’alcool de betteraves et 5206 hl d’alcool de mélasses.
On signale une surproduction générale, il faut exporter à perte, le gouvernement fait baisser le prix du sucre et le prix des mélasses. On va vendre celles-ci à une lévulerie et aux fabriques de fourrages.

AG du 15 décembre 1937 : 3241 hl d’alcool de betteraves-3459 hl d’alcool de mélasses
AG du 14 décembre 1938 : 2039- 3623
AG du20 décembre 1939 : 4211- 3323

L’AG du 18 décembre 1940 rappelle les conditions épouvantables de l’année écoulée.
La sucrerie n’a pu être alimentée que de 100 à 150 t par jour de betteraves au lieu de 600.
On n’a fait marcher que la distillerie et la campagne a duré jusque début mars . Ce qui a donné un bénéfice industriel modeste mais inespéré.
La campagne 39-40 a donné 6513 hl d’alcool de betteraves et 6357 d’alcool de mélasse.

AG de décembre 1941 : 326 hl d’alcool de betteraves 1522 d’alcool de mélasses
AG de décembre 1942 : 3114- 510
CA de juin 1943 : 6510 « très peu »
AG de décembre 1944 : 4795- 100 avec une production de sucre de 25 000 sacs.
AG de novembre 1945 : pas d’alcool signalé avec une faible production de sucre de 12 000 sacs.

La distillerie a donc cessé de fonctionner après 1944. En 1950, une partie de nos betteraves a été traitée à la distillerie de Neuvillette (Aisne).

L’AG de décembre 1951 signale qu’elle est remise en route.

En décembre 1953, un contingent d’alcool est alloué au distillateur. Mais en décembre 1954, il est dit que ce contingent est réduit de 6094 à 1767 hl.
La production est de nouveau arrêtée (période Mendès-France) et on perçoit un peu plus tard une indemnité pour abandon de fabrication

Elle est remise en route en 1958. Le CA du 21 novembre indique qu’un petit contingent d’alcool est alloué et que le traitement des égouts pauvres va dégager ainsi l’arrière de la sucrerie.
La campagne 58 -59 donne 3281 hl toujours dans le but de diminuer les frais et de libérer de la place.
Ensuite les chiffres de production sont rares, remplacés par les résultats financiers.

Fin 1962 il écrit que la SDF a vendu 2300 hl et en 1963, 3048 hl.

Les campagnes de distillation démarrent toujours fin novembre pour traiter les égouts pauvres.
Quelques chiffres :
63-64 :3298 hl
64-65 :1807 hl
65-66 :8470 hl
Rien d’indiqué pour 66-67 mais l’AG de décembre 1968 note que la distillerie est toujours en route.
68-69 :2650 hl

Et c’est la fermeture de la Sucrerie.

Le six août 1969 on note que sur notre contingent d’alcool il reste 1726 hl.
Dont 1000 hl sont cédés à la sucrerie de Wavignies et 726 à celle de Barbery.

Le matériel a-t-il été vendu ou ferraillé ? Nous n’en savons rien.
Cette troisième distillerie a en tout cas fonctionné jusqu’à la fin.

Les caniveaux de la cour à betteraves

Le caniveau 6.

La cour à betteraves s’étend le long de la route, en avant de la distillerie bâtie en 1880.
A l’origine, les betteraves entraient par la cour appelée depuis « cour d’honneur ». Au milieu du XIXe siècle, l’entrée se fit par un bâtiment-porche avec bascule, situé au sud de l’aile abritant plus tard les bureaux.
Le système dit « transporteur hydraulique » consiste à déverser les betteraves dans des caniveaux et à entraîner celles-ci vers l’usine grâce à un courant d’eau, ceci évitant le pénible maniement à la fourche.
Dès 1894, ce système fut proposé par Druelle mais refusé par le Conseil d’administration en raison de son prix.

C’est en décembre 1906 que Gaston Benoit le propose de nouveau car « il supprime les postes d’un laveur, d’un secoueur ainsi qu’une hélice ».
(simultanément, la roue à eau éboueuse à l’extrémité des caniveaux contre l’usine, sera remplacée par un émulseur à air comprimé).
En 1907 furent donc creusés ces deux caniveaux parallèles à la route, numérotés « 2 ». Les betteraves entraient désormais en passant par deux bascules, pesant les chariots puis les camions, pleins puis à vide.
Construits en brique, leur section était en « V ». A ciel ouvert dans la zone de déchargement, la fin des caniveaux jusqu’à la fosse de désherbage, sur un tiers terminal, était couverte. (lorsqu’il fallait quotidiennement les curer, le personnel était obligé de se traîner à quatre pattes, dans l’eau et l’obscurité).

De ces deux caniveaux, seul celui près de la route reste visible, celui en arrière ayant été rebouché après la fermeture de l’usine.

Entre ces deux caniveaux la zone numérotée « 5 » servait de silos, les betteraves étant ramenées dans les caniveaux par les jets d’eau.
En 1911, ils furent bétonnés. Et l’eau sous pression fut projetée par de puissantes lances appelées « mitrailleuses d’abattage ».
En 1929, les caniveaux furent refaits avec des parois verticales et un fond arrondi. Simultanément, la chasse d’eau fut plus puissante.
En 1964, ils furent refaits à fond plat, avec une meilleure pente et surtout la partie souterraine fut ouverte, recouvertes de traverses de chemin de fer, ce qui permettait le curage par le haut en soulevant ces traverses numérotés « 6 ».
L’ensemble de ce transporteur hydraulique fut recouvert en 1924 par un grand hangar numéroté « 4 » pour abriter le personnel et permettre le travail de nuit. Mais vers la fin, il fallut le démonter car il ne permettait pas les manœuvres des camions nouvellement arrivés.

Mais il existait un autre caniveau, derrière la distillerie, numéroté « 1 » et datant sans doute de l’apparition du chemin de fer, servant au déchargement des wagons après 1890. Il est en briques et non cimenté et raccordé en souterrain à la fosse de désherbage.

En 1911, un grand hangar de 1000 m² fut construit au Sud de la cour derrière la dernière maison, numéroté « 3 » pour pouvoir recevoir un million de betteraves, arrivées par voie ferrée, et le caniveau « 1 » ne servit plus qu’à recevoir coke et charbon.

En 1926, un quatrième caniveau, toujours numéroté « 3 » fut creusé pour acheminer les betteraves de ce hangar à l’usine. Il passe entre la dernière maison du sud et la halle de stockage, longe la distillerie avant d’aboutir à la fosse de désherbage près de l’usine. Il mesure 200 mètres au total et dans sa partie passant sous le hangar de la cour à betteraves, il comporte une partie souterraine sur 150 mètres avec un regard tous les 30 mètres pour le curage.


© Croquis ASSF 2011.


© Clichés ASSF 2011

Témoignages mentionnant les bureaux


Le guichet de paie au sud des bureaux.

« L’administration regroupait la direction et les employés de bureau. Les bureaux étaient très bien, ils étaient même assez luxueux. On entrait dans un hall très 1900, éclairé par des fenêtres opaques. Il y avait deux guichets qui ressemblaient un peu à des guichets de gare. L’un était réservé au « préposé » à l’accueil et l’autre à la caissière. Tout le personnel travaillait dans un grand bureau, sans cloison, à l’américaine ! On l’appelait la salle des pas perdus. A côté se trouvaient les bureaux du directeur et du sous-directeur. Lorsque Monsieur Valette est devenu directeur, la fonction de sous-directeur a disparu.
Un bureau de réception était aménagé pour recevoir les visiteurs. Le directeur des fermes de la sucrerie, avait aussi un bureau. Il y avait quatre à cinq personnes au bureau pour la comptabilité, le courrier et la paye.
Les ouvriers permanents étaient payés à la quinzaine et les saisonniers parfois tous les jours. Ils venaient au bureau signer décharge pour les acomptes ou toucher leur salaire au guichet.
De 1933 à 1973, Monsieur Chambon a travaillé au bureau. D’abord employé aux écritures, il prend la responsabilité de la caisse au départ de M. Raisin, puis prend la tête de la comptabilité lorsque Alfred André part en retraite. A cette époque-là, tout était écrit à la main, on trempait la plume dans l’encrier. Antoinette Boulard était caissière, elle avait la responsabilité des démarches au coffre-fort, situé dans une cave, et de compter les billets nécessaires. Seuls M. Chambon et elle connaissaient la combinaison du coffre.
L’argent provenait du Crédit Lyonnais à Compiègne. Il était apporté par le chauffeur de la Direction et André Devanneaux qui, comme Thérèse Cordier, a tenu le livre des heures.
La pointeuse était derrière le bureau pour ceux qui pointaient ».

« Pendant la campagne, on ne pointait pas. C’était douze heures, il fallait attendre la relève, si le remplaçant avait une heure de retard, on faisait 13 heures. Jean Beaufils, alors contremaître, avait un carnet sur lequel il marquait d’une croix ceux qui étaient présents.
Thérèse Cordier s’occupait plutôt du social : déclaration des allocations familiales et du régime de retraite. Un peu plus tard, Josiane Beaufils tiendra le standard. C’était déjà plus moderne ».
Dans le bureau se tenait aussi Fernand Neuplanche lorsqu’il n’arpentait pas les champs de betteraves.
La sucrerie broyait les betteraves de ses fermes, mais passait aussi des contrats avec d’autres planteurs pour un volume d’environ 2 000 hectares de betteraves. Fernand Neuplanche était chargé de négocier les contrats annuels avec les planteurs, après avoir effectué une pesée géomètrique. Ceci permettait d’évaluer le tonnage qu’ils pourraient fournir et le quota de pulpe qui leur serait rétrocédé, lors de la campagne. »

Extraits de « Sucrerie de Francières – Mémoires »
M. Jean Pierre Besse et Cie.

La cheminée et sa rénovation

 Mais comment font-ils ? Une séquence des opérations montrant l’élévation progressive, élément par élément, de l’échafaudage, accroché sur les nouveaux cerclage récemment mis en place.

Cette section présente la rénovation de la cheminée fin 2014. Elle était nécessaire à cause de l’écartement des cerclages par manque d’activité, qui la fragilisait.

Après ce chantier, la cheminée a pu fumer à nouveau début 2015.

France 3 Picardie a réalisé un reportage sur cette rénovation. Vous pouvez le visionner à cette adresse.

L'inauguration du centre d'interprétation

Après une première ouverture privée réservée aux membres de l’ASSF le 17 mars 2012, l’Inauguration officielle de la sucrerie de Francières rénovée s’est déroulée le Mercredi 5 Décembre 2012, en présence de :

Madame Claudie HAIGNERÉ, Présidente d’Universcience,

Monsieur Yves ROME, Président du Conseil général de l’Oise,

Monsieur Claude GEWERC, Président du Conseil régional de Picardie,

Monsieur Jean-François CORDET, Préfet de la région Picardie,

Messieurs les représentants de Téréos et de la Fondation Crédit Agricole Pays de France,

Monsieur Pouplin, Maire d’Estrées-Saint-Denis,

Madame Anne Baleix, Présidente de l’Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières & Monsieur Michel Varoqueaux Président honoraire.

Ouverture privée du 17 mars 2012

Clichés ASSF et M. Carl Edouin

Inauguration officielle du 5 décembre 2012