La Sucrerie de Vauciennes

Avant-propos

Cette histoire a été rédigée avec les renseignements et documents fournis par Monsieur Michel Saguet dont l’arrière grand-père fut le directeur de la râperie de Mermont et le père, durant cinquante et un ans (de 1921 à 1972), secrétaire particulier du baron Louis de Cornois, puis comptable de la sucrerie.

Lui-même y a travaillé plusieurs années, affecté au garage, véhicules et locotracteurs, l’entretien des locomotives étant assuré par l’atelier de mécanique. Avec l’expression de toute notre gratitude.

Vue aérienne de la sucrerie de Vauciennes.
Lapie Documentation aérienne pédagogique. Mai 1957

Historique

Au fil de son existence, cette usine a comporté une sucrerie, une raffinerie, une distillerie, une râperie. En annexe, elle a produit des pulpes desséchées puis en grains.
Elle fut bâtie en 1858 et ouverte le trois septembre. Sa raison sociale étant Petitfils et Cie. Elle était équipée d’une machine à vapeur et d’une fabrique de noir animal. En 1860, elle fut reprise par Deviolaine, associé à Goumant, Didier, Jades et Descroix.

Elle est décrite ainsi :
A l’est : bureau et logement du comptable ; magasin ; écuries ; remises ; atelier de gaz et gazomètre pour 200 becs. A l’ouest : logements du contre-maître et des employés ; ateliers ; cantine ; logements ouvriers. Au centre : logement du concierge ; deux bascules ; un bâtiment comprenant purgerie ; râperie ; magasin à betteraves et générateurs.

– En 1863, la sucrerie est raccordée au chemin de fer du Nord en gare de Vaumoise.
Plus tard seront progressivement créés un embran-chement vers Soissons à Boursonne et Longpont et deux embranchements vers Paris, un à la « Baraque » ( entre Nanteuil et Le Plessis-Belleville), l’autre à la halte de Thieux (entre Dammartin et Mitry) et trois embran-chements sur la ligne de Crépy-en-Valois à Senlis : Le Luat, Barbery, (celui de l’ancienne sucrerie) et Mont-l’Evêque.

– En 1868 est créée la râperie de Mermont à 12 kilomètres, réunie à la sucrerie par une tuyauterie ; les liaisons étaient assurées au début par des cavaliers, ensuite par télégraphe Morse. Jusqu’à la dernière guerre, une liaison hebdomadaire était assurée par une voiture bâchée et un cheval pour le transport du petit matériel (pièces détachées et ravitaillement pour le personnel).

En 1869, la fabrique passe sous le contrôle de Goumant, Descroix, H. Legru et Cie

– En 1872, elle est reprise par César Niay. Ce seront les sociétés Gérard et Niay puis Niay et Cie. En 1877, elle cultive 950 hectares de betteraves, en traite 27.100 tonnes à raison de 250 tonnes par jour et produit 14.034 quintaux de sucre. 1880 voit l’installation de la diffusion, la deuxième dans l’Oise après Villeselve pour un coût de 140 000 francs. Un four à briques est créé. De 1882 à1897, la sucrerie continue ses acquisitions de terres comme à Duvy, Nanteuil et Dammartin. En 1893, Niay introduit son gendre Edouard De Cornois et la société devient Niay, De Cornois et Cie. Niay disparaît en 1894.

La société devient De Cornois et Cie. Le premier baron Edouard décède en 1923 et sera remplacé par son fils Louis. Cette année-là, la production est de 49 000 sacs de sucre en 150 jours de campagne, soit environ 300 tonnes de betteraves traitées par jour. A partir de cette période, de nombreuses bascules seront implantées : à Cuvergnon, Le Plessis-Belleville, Thieux, La Baraque, Le Luat, Ormoy le Davien, Mont-l’Evêque etc. Plus tard à Vez, Rouville, Ognes et dans les gares. En 1902 une raffinerie est ouverte.

A Vauciennes, l’escadrille Guynemer fut un temps basée sur les terrains en face et les avions stationnés dans les hangars, d’où des bombardements allemands. Après la guerre, la sucrerie possèdait toujours les fermes de Vauciennes, Mermont et Morcourt. Et vers 1930 celles de Plessis au Bois et de Wallu.

En 1931, est ouverte une distillerie sur place. Son fonctionnement était économique, utilisant le surplus de rejet de vapeur et l’alcool produit étant la propriété de l’Etat, la société gagnait le paiement du stockage. En 1953, le mazout remplace le charbon. Cette année-là, la production est de 1 160 quintaux par jour et traite 127 000 tonnes de betteraves.

A partir de 1948 jusque 1958, l’entreprise devient une coopérative agricole en conservant raffinerie et distillerie. En 1948, le baron Louis de Cornois passe la main. Son gendre, Monsieur Paul Mathieu prend la direction, son neveu Monsieur Claude Vivant devient Directeur commercial et son fils Monsieur Georges de Cornois, directeur des fermes.

En 1958, la sucrerie devient une société en commandite simple : Paul Mathieu et Cie.

En 1954 elle produit 2.700 quintaux de sucre en traitant 173.000 tonnes de betteraves.
En 1956, la fabrication de sucre en morceaux est modernisée par l’installation d’une machine moderne « Chambon » automatique. La production de sucre en morceaux a dû commencer avec l’ouverture de la raffinerie.

Dans les années 50, le directeur de la raffinerie de Vauciennes, Monsieur Pierre Maujean, met au point la fabrication d’un fondant destiné à la clientèle des confiseurs et pâtissiers. Ce produit prendra le nom de « Valoïne » et sera conditionné en fûts métalliques de 50, 100 et 200 litres. La fabrication de la Valoïne se terminera dans les années 80.

En 1990, elle fusionne avec la Cie Française de Sucreries (ex Sucreries du Soissonnais qui deviendra SDA en 1996). Entre-temps la raffinerie et le conditionnement du sucre seront fermés (sauf le sucre liquide) vers 1985 -1986, puis la distillerie vers 1990 -1992. La râperie de Mermont avait cessé son activité après 1960, son pipe-line continuant à servir pour acheminer l’eau potable entre Vaumoise et Vauciennes.

L’histoire de la sucrerie de Vauciennes se termine mal.
En 1998, Beghin-Say la rachète pour la fermer, le dernier jour de la campagne, le 31 décembre 1999. En 2000, le matériel de l’usine est transféré en Hongrie, la chaufferie partant au Brésil dans un établissement Beghin.
En 2001 tout le site est rasé, les maisons ouvrières de 1920 et les jolies maisons de cadres de 1950. Même la cantine que la commune désirait récupérer.
Les locomotives et le matériel restant sont ferraillés. La ville venait juste d’installer l’eau potable depuis quelques années et depuis peu le tout-à-l’égout. Les successeurs de Beghin-Say refusant toujours de morceler les 24 hectares de l’ex-entreprise, ceux-ci n’étaient toujours pas vendus en mai 2004.

Les anciens racontent le « bon vieux temps »

“Le montant des salaires et des primes, comparé aux autres corps de métiers, la retraite complémentaire instaurée avant la loi et prélevée d’une façon indolore sur les primes de fin d’année. La coopérative, les allocations de sucre et de charbon. L’eau courante, mais non potable, qui était distribuée dans chaque logement, la potable l’étant par des bornes sur le trottoir, bien avant l’adduction d’eau dans la commune.
Et le bon temps du « paternalisme » patronal, la fille du patron emmenant les malades pour examens à Soissons, Louis de Cornois organisant périodiquement un transport à Paris en ambulance pour ceux qui avaient besoin d’une consultation chez un spécialiste (« ses » spécialistes, souvent rémunérés par lui et qui touchaient en plus des allocations de sucre ou de pommes de terres !)……”

Epoque révolue, que celle-ci, une période dont les mentalités sont révolues elles aussi.

Un petit souvenir

Une locomotive à vapeur de l’embranchement de « La Baraque » a été confiée le 23 novembre 1974 au dépôt-musée de Longueville en Seine et Marne.
Il s’agit de la 040 avec tender n° 4853 construite par Cail Denain en 1866 et achetée aux chemins de fer du Nord vers 1932.
http://www.ajecta.org/