Brève histoire de la Sucrerie d’Oldisleben
Oldisleben se situe au cœur de la principale région betteravière d’Allemagne, un quadrilatère entre Hanovre, Magdebourg, Cassel et Leipzig, dans les trois Länder de Basse-Saxe, de Saxe-Anhalt et de Thuringe, la sucrerie se trouvant à l’extrême-nord de cette dernière dans le Kreis (« canton ») de Kyffhäuser.
Une première sucrerie de taille très modeste ouvre en 1835, traitant quelques tonnes de betteraves par jour. La sucrerie actuelle est construite en 1872 par une coopérative (Genossenschaft) et commence son activité l’année suivante. A ses débuts, elle ne produit que du sucre brut non raffiné. Elle devient très vite l’une des usines les plus modernes et performantes de l’Empire allemand, traitant 40 000 tonnes de betteraves lors de la campagne de 1890. La coopérative est transformée en SARL (GmbH) en 1892, et l’usine s’agrandit plusieurs fois. Le four à chaux est construit en 1898. Pendant les années 1900, une entreprise de la ville voisine de Sangerhausen construit plusieurs machines sucrières dont la diffusion à vases.
Pendant la Première Guerre Mondiale, l’usine d’Oldisleben continue de tourner et commence son électrification. En 1920, les actionnaires décident de passer de la production de sucre brut à celle de sucre blanc. En 1936, la sucrerie modernise son procédé de traitement des cossettes. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’usine continue de tourner grâce à des prisonniers de guerres et des travailleurs forcés. Malgré l’arrivée en 1945 des troupes américaines, puis soviétiques, les dégâts de l’usine sont mineurs.
Quinze usines sucrières sont démantelées par les Soviétiques comme réparations de guerre, mais Oldisleben, trop ancienne, est épargnée, et reprend la production en 1945. En 1948, la SARL est dissoute et Oldisleben passe dans le giron d’une entreprise d’Etat de la RDA (VEB – Volkseigener Betrieb), basée à Halle-sur-Saale en Saxe-Anhalt. Pendant toute la période de la RDA, la sucrerie est obligée de limiter sa production de sucre en raison de la faiblesse de l’économie est-allemande, et ses machines ne sont pas modernisées : malgré elle, elle devient un « musée vivant » pour les travailleurs. Dans les années 1950, Karl Nowitzki devient directeur de l’usine et se rend compte de son intérêt patrimonial : il jouera un rôle déterminant pour sa sauvegarde trente ans plus tard.
En 1989, la sucrerie d’Oldisleben est inscrite sur la liste des monuments protégés du district d’Artern, un privilège pour une entreprise de la RDA encore en activité. Le film Die letzte Kampagne (« La dernière campagne ») est tourné cette année-là, offrant un témoignage inestimable de la fabrication du sucre dans une sucrerie au XXème siècle. Le 30 juin 1991, peu après la réunification de l’Allemagne, la sucrerie ferme ses portes après 119 ans de fonctionnement.
En septembre 1991, l’usine fermée est rachetée par l’entreprise Südzucker. Si celle-ci démolit plusieurs bâtiments au cours des vingt années suivantes, elle préserve les bâtiments principaux, ce qui explique pourquoi Oldisleben a pu conserver toutes ses machines historiques. En 2021, Südzucker crée une fondation (Stiftung) pour préserver la sucrerie et ses machines, et en 2022, une association (Förderverein) est créée pour ouvrir l’usine au public.
La Sucrerie d’Oldisleben est ouverte tous les week-ends d’avril à octobre, de préférence sur réservation. La visite se fait en allemand, mais sur demande, une visite en anglais peut être possible.
La sucrerie se situe à 50km d’Erfurt, 125km de Leipzig, 300km de Francfort, 800km de Francières et d’Amiens, et 900km de Paris.
Photos de la Sucrerie d’Oldisleben (GB)